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 "ça eut payé, mais ça paye plus !"

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Revoltaire
vieux de la vieille
Revoltaire

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"ça eut payé, mais ça paye plus !" Empty
MessageSujet: "ça eut payé, mais ça paye plus !"   "ça eut payé, mais ça paye plus !" Icon_minitimeLun 25 Jan - 18:33

"ça eut payé, mais ça paye plus !" bulletin gratuit

Un individu quelconque, dans un supermarché quelconque,
reluque une tablette de chocolat ; la meilleure, celle avec les noix de
pécan caramélisées. 2€82, presque 20 balles, à l’époque ça faisait un
paquet de clopes. Ça ferait tellement plaisir aux gamins... Mais y’en a
pour cher dans le caddie, déjà qu’il a craqué pour les crèmes dessert à
3€05. Tout bien réfléchi, 2€82, sur la centaine d’euros du ticket de
caisse au final, ça ferait une ristourne qui compenserait à peine
l’augmentation des prix depuis la rentrée. Un coup d’œil à droite, un
coup d’œil à gauche, personne dans le rayon, la tablette finit dans la
poche intérieure de la veste. Ce chocolat aura un petit goût
d’adrénaline, et de revanche ; revanche sur la grande distribution et
son racket légal, et revanche sur cette société qui n’est même pas
capable d’offrir ce qu’elle promet au plus grand nombre : la
consommation d’un pseudo-luxe industriel. Ce qu’elle n’offre pas de
bonne grâce, on peut le prendre.


Ne pas payer, c’est peut-être bien le geste politique
de l’époque. Non pas qu’il puisse exister quelque chose comme un parti
chargé de défendre les intérêts des mauvais payeurs, non, pas ce
« politique » là. Mais politique parce que c’est un geste négatif, de
refus, un geste premier, comme la grève, la vraie grève, sur le tas. Ne
pas payer, c’est faire la grève de l’acheteur. Et puis c’est prendre au
mot l’ambition claironnée partout de « réduire les inégalités » : les
lois de la physique capitaliste sont ainsi faites que si l’argent
circule c’est pour mieux finir dans la caisse de ceux qui en ont déjà
beaucoup ; ne pas payer c’est toujours ça que ceux-là n’auront pas.


Dans un monde où la réalité est économique, où tout est
investissement, profit, capital, y compris et surtout nos relations
sociales, ne pas payer c’est s’attaquer à la matrice.


En dernier ressort, l’économie ne tient que par deux
choses_ : la police et le culte de l’argent. L’argent est respecté
comme équivalent universel, parce qu’il met tout sur le même plan :
dans ce bas monde, tout s’achète. La puissance de l’argent, c’est qu’il
permet d’établir le juste rapport entre un voyage en Inde, un melon et
un char d’assaut ; entre une chanson, une heure d’activité humaine et
une paire de baskets. Au final, tout se vaut, ce n’est plus qu’une
question de quantité. L’argent régit les rapports entre les gens et les
choses, et règne sur le monde comme un souverain sur son royaume :
comme garant de la cohésion de l’ensemble.


Le mauvais payeur commet alors d’abord un crime de
lèse-majesté : son geste dit « l’argent est nu », et il est nu en
effet_ ; car l’argent – qui pourrait paraître la chose la plus profane
au monde – n’est plus rien s’il ne possède plus ce caractère sacré qui
en fait la mesure de toute chose. Quelles que soient les motivations de
l’automobiliste qui fraude l’autoroute, du chineur qui préfère recycler
les encombrants plutôt que d’aller s’équiper chez Ikéa ou de la
squatteuse qui occupe une maison vide, chacun de leur acte est un petit
blasphème qui entaille un peu la toute-puissance du Grand Équivalent et
sape ainsi les bases de l’ordre économique.


Il a fallu que la tête de Louis XVI roule dans un
panier pour que la France se convainque qu’elle pouvait vivre sans roi,
il faudra plus que des menus larcins pour se défaire du culte de
l’argent. Même avec la plus rigoureuse application à ne plus payer, la
thune nous tient de tous les côtés. Difficile d’envoyer chier son
patron, ou même de se mettre en grève, quand on a des crédits sur le
dos, ou simplement « _l’habitude d’avoir du fric ». Et plus largement,
c’est tous les jours et pour presque tout le monde que la question de
remplir le porte-monnaie se pose, et structure une bonne partie de nos
vies. On n’y coupe pas et on doit faire avec. Il s’agirait désormais de
pouvoir faire contre.


Faire contre l’argent, ce n’est pas faire sans, ce
n’est pas faire semblant, comme si on pouvait s’en libérer
immédiatement. C’est propager les gestes déjà nombreux et répandus qui
viennent déglinguer les rouages du cycle monétaire : privilégier les
rapports où il est possible de s’en passer, frauder, voler, se démerder
pour en gagner sans que ça bouffe trop la vie (arnaquer son patron sur
le temps de travail effectif ou passer à travers les mailles du filet à
repêcher les rmistes). Ça nécessite de se frotter un peu aux
dispositifs de contrôle social, du portique anti-vol au conseiller pôle
emploi, en passant par le flic et les regards désapprobateurs des
honnêtes citoyens qui font tellement bien semblant d’avoir envie de
continuer de payer qu’ils arrivent à s’en persuader.


Réussir une jolie arnaque, ou sortir avec une bonne
bouteille au nez et à la barbe d’un vigile, ça a quelque chose de
grisant, de joyeux. Pour la beauté du geste, et aussi pour ce qu’il a
d’effronté et de libérateur. Quelque part, ça veut dire : « votre
économie prend l’eau ? Vous coulerez sans nous » ; c’est une petite
reprise en main de son destin face aux injonctions à vivre au rythme
des reflux du cours de la bourse. Et puis en faussant le rapport
marchand, ça pose en négatif la question de la valeur : si les choses
ne valent pas leur prix, qu’est-ce qu’elles valent ? Pour peu que la
pratique du vol ou de la fraude ne fonde pas une nouvelle
micro-économie consumériste (ce qui peut arriver quand elle ne devient
plus qu’une activité lucrative), la réponse à cette question fait
entrevoir de nouveaux possibles, d’autres mondes.


Comme tout geste politique d’une époque pas franchement
révolutionnaire, celui du mauvais payeur ne se suffit pas à lui-même et
atteint rapidement ses limites. La première de ces limites, c’est que
ça reste presque toujours un acte individuel. Seul, même en pratiquant
intensément l’art de ne pas payer, on finit toujours par être rattrapé
par le monde de l’argent.


Le sujet révolutionnaire du mouvement ouvrier n’était
jamais isolé, il avait l’usine, et le syndicat, pour se constituer en
force. Le propre du payeur c’est d’être seul avec sa carte bleue, et ce
dont il peut disposer de mieux pour se lier à ses semblables ce sont
les coopératives d’achat ou les associations de consommateurs, qui ne
sont pas précisément les bases les plus solides pour bâtir une société
nouvelle.


De leur côté, le commerce équitable et l’achat
responsable participent de la mythologie du « pouvoir du
consommateur ». Foutaises : à la caisse du supermarché bio, le cabas
rempli de marchandises au packaging clinquant, on n’a ni plus ni moins
de pouvoir que dans un isoloir ; autant dire : pas bézef.


Tandis que la révolution bourgeoise n’a cessé de
libérer la circulation de l’argent du monopole étatique et de liquider
l’idée même de collectivité, on voudrait nous voir continuer à
respecter l’impôt, sous ses formes multiples, pour ce qu’il garantit de
restes de protections sociales concédées pour apaiser les luttes. En
ces temps où la croyance dans l’État-providence se fissure, celui-ci
apparaît surtout crûment pour ce qu’il demeure : le maître d’œuvre du
contrôle, le stratège législateur de l’exploitation économique et le
renfloueur des banquiers trop joueurs. A nous de ne pas alimenter le
mécanisme de notre propre domination, de le priver de ses ressources
pour les remettre en jeu dans un commun émancipateur.


S’organiser collectivement pour ne plus payer, c’est
d’abord une nécessité pratique : on est plus malins et plus forts à
plusieurs, on fait mieux face aux aléas qu’implique ce genre
d’activités. Et plus on est de fous, plus on rit.


Le capital a passé 40 ans à se restructurer pour casser
les regroupements stables de travailleurs et s’attaquer aux
possibilités de grève au taf... Mais même là où ça marche, il reste
toujours possible de porter la grève dans les rues et les supermarchés
ou à la réception des factures et du loyer, de porter des grèves
multiples qui ont l’avantage de faire directement salaire et de ne rien
coûter sauf à ceux qui nous dépossèdent.


Mais l’organisation collective est aussi une façon de
prendre de la consistance : c’est ressentir une certaine puissance,
pouvoir commencer à envisager des choses qui demeurent inaccessibles à
l’individu isolé, c’est aussi une certaine préméditation qui pose les
questions politiques « Qu’est-ce qu’on veut ? », « comment on
l’obtient ? », et « qui c’est ce on ?_ »


La nécessité de payer organise nos existences de
l’extérieur, elle fait du travail ou de la recherche de travail notre
principale activité, elle cloisonne nos espaces de vie, de jeu, de
rencontre. A l’inverse, s’organiser pour ne plus payer pose une
certaine exigence : ne plus subir, reprendre la main, construire nos
vies par nos luttes et nos luttes par nos vies.


Tout cela engage bien plus qu’au vol et à la fraude :
il s’agit d’ores et déjà de dégager des lieux, de trouver des combines,
de mettre en commun des moyens, de rencontrer des complices pour
élaborer des rapports qui ne soient pas marchands. Pas dans le but
d’aménager de petits entre-soi, mais comme des bases solides d’où
ébranler l’ordre économique, et qui ont vocation à se propager par
contamination en se renforçant les unes les autres.


Certaines des grandes utopies émancipatrices du
mouvement ouvrier ont fait long feu. On ne peut plus désormais s’en
remettre à la naïve croyance que le « progrès » viendra nous délivrer
de la nécessité de payer. Le progrès s’expose partout comme l’extension
du royaume de l’argent, au prix d’une intensification de l’exploitation
coloniale, de la multiplication des catastrophes dites
environnementales et de la pacification sociale militarisée. Ne plus
payer sera forcément prendre ici et maintenant et dans le même
mouvement repenser les modes de production et notre addiction à la
marchandise, s’en emparer pour se libérer et s’organiser pour s’en
passer.


La crise n’est que le nom d’une restructuration de
l’économie, le Capital est en manœuvres, à la recherche d’une nouvelle
stabilité. Mais c’est aussi un moment mouvant où ses dogmes vacillent
et où son monde se craquèle. Nous pouvons subir l’histoire jusqu’à
l’acceptation d’un nouveau stade d’appauvrissement de nos existences,
ou décider d’en faire un moment privilégié pour porter des coups.


Auto-réduction : pratique individuelle ou collective
qui consiste à refuser de payer le prix demandé pour différents
services, l’électricité, le téléphone, les transports, les loyers, et
même la nourriture et les autres biens de consommation. On paye soit
l’ancien prix (lorsqu’il augmente), soit moitié prix, soit rien du tout.


S’organiser pour ne plus payer :


Le luxe...


Autour de 97-98, un peu partout en France, des chômeurs
qui refusaient de se contenter d’implorer quelques miettes de plus ou
l’octroi d’un boulot de misère, décidèrent de mener la belle vie et
commencèrent à s’inviter en groupe dans les grands magasins, les
restaurants quatre étoiles, les cinémas ou les théâtres... Alors qu’un
pic d’arrivée au chômage est annoncé pour début 2010, et que des
dizaines de milliers de nouvelles personnes vont devoir faire leur
preuve dans des pôles emplois ingérables aux employés pressurisés, des
comités de chômeurs et précaires se recréent dans de nombreuses villes,
initient des marches, occupent les mairies sur un air de « _nous ne
paierons pas leur crise ». On dirait que ça sent le retour des lundis
au soleil et des déambulations joyeuses.


... ou la misère :


D’ores et déjà, plutôt que de se retrouver seuls face
aux broyages admini-stratifs, à Montreuil, Evry, Rennes ou ailleurs,
des personnes se rassemblent et envahissent les CAF et Pôle emplois,
trouvent des complices dans les files d’attente interminables et
tiennent pied jusqu’au débloquage des indemnités impayées, des refus de
renouvellement de contrat d’insertion et autres flicages intempestifs.


Les crédits :


Chacun sait que le banquier est le pire des voleurs et
depuis Jesse James ou Mesrine, on fait rarement héros plus populaire
que celui qui emploie son art à voler les banques. Sans sa reddition un
peu décevante, Tony Musulin était en passe de devenir un modèle pour la
jeunesse. Sur un mode plus partageur, le célébre faussaire
franco-espagnol, Lucio Urtubia finançait les groupes révolutionnaires
dans les années 70 et au début des années 80,en dupliquant des milliers
de travellers chèques de la First national city bank américaine. Il
sera arrêté mais les planches n’ayant pas été retrouvé, il négociera sa
libération et une grosse somme d’argent contre leur restitution. Sur un
mode plus partageable, un catalan, Enric Duran, a en 2008 contracté 68
crédits auprès de 39 banques pour un montant de 492 000 euros. Une
partie de la somme a été reversée à des projets sociaux alternatifs,
l’autre a permis la publication d’une revue, Crisi, dans laquelle Enric
révèle comment il a extorqué cette somme au « capitalisme financier » :
du scotch, des ciseaux et une imprimante. Interpellé en mars 2009 mais
insolvable, il ressortira de taule quelques semaines plus tard.


Les Transports :


Se déplacer ne devrait ni être un luxe, ni une suite de
checkpoints armés. Il suffit de peu pour optimiser les passages
quotidiens par dessus le tourniquet, sous les bagages ou par la porte
de derrière. Redistribution des tickets à la sortie à Nantes, réseaux
de sms à Amsterdam pour se prévenir des contrôles, sabotage des
composteurs à Grenoble ou ailleurs, carte de transports gratuits et
ouverture des portes à Bruxelles, mise en place d’une mutuelle de
fraudeurs à Paris, de forts liens solidarité avec les grèvistes des
transports en commun à Barcelone, prélèvement massif des PV sur les
bagnoles à Brest ou Rennes, ou encore pour le plein air, la mise à
disposition d’une flotte de bicyclettes sans puces traceuses ni cartes
banquaires à Montréal.


Les marchandises :


L’année avait bien commencé, avec l’inspirant bloquage
massif des supermarchés et du reste de l’économie en guadeloupe pour
demander la baisse des prix... entre autre, juqu’à faire reculer le
pouvoir.


En novembre 2009, en métropole, Checkpoint systems,
vendeurs d’alarmes et caméras pour gérants de supermarchés, s’affole
avec la crise de la baisse des dépenses dans les dispositifs de
sécurité. Cette société cherche à rebooster ses ventes avec une bonne
grosse enquête bien médiatisée, en montrant que les vols sont en
croissance exponentielle. Checkpoint prend soin d’affirmer que ça n’a
rien à voir avec du vol de produits de première nécessité. Pourtant
dans le même temps d’autres indicateurs affirment que le lait pour bébé
vient de rentrer dans le top 5 des articles les plus volés, après la
viande et le fromage. Checkpoint au contraire, nous explique que la
hausse concerne le « vol impulsif pour le plaisir d’objets non
nécessaires », comme si toute la société capitaliste et ses publicités
n’affirmaient pas sans cesse que n’importe quel gadget, fringue ou
portable est un produit de première nécessité. Ils pointent aussi du
doigt le « _vol pour la revente », qui n’est pourtant qu’une adaptation
besogneuse à l’absence de travail ou au dégoût qu’il suscite.


Quoi qu’il en soit, c’est près de 5 milliards d’euros
en un an qui sont partis dans des poches délicates, dont un tiers dans
celles du personnel des magasins. De son coté, le gérant d’un shoppi de
Colmar admet la vulgarisation du vol de proximité depuis quelques
mois : « Je connais ma clientèle et je sais que ce n’est pas la pègre,
ni des gens sans le sou. Mais ils essayent de me carotter à chaque
passage en caisse. Ça devient maladif. Ils ne raflent pas de produits
onéreux, comme les spiritueux. Ils se contentent de produits
alimentaires de base, du chocolat ou de la charcuterie. En tant que
clients fidèles, ils estiment qu’ils peuvent se servir »


Pendant ce temps, dans diverses villes, certains ont
tenté tout au long de l’année de renouer avec la pratique de
s’introduire à quelques dizaines dans un magasin, de remplir les
caddies et de partir après quelques discussions ou directement en
force... sans payer. La palme de l’esprit d’initiative pourrait revenir
à la centaine de personnes qui se sont évanouies à travers champs
depuis un super U de la campagne bretonne, après avoir lancé quelques
fusées de détresses sur les premiers policiers arrivés sur les lieux.
Le déploiement sur place d’une équipe cynophile, d’un hélicoptère et de
nombreuses forces policières n’a, à ce jour, permis de retrouver aucun
de ceux qui ont signé « Une horde d’affamés ». Les vivres ont été
redistribués quelques kilomètres plus loin à un campement contre la
construction d’un nouvel aéroport.


Et puis quitte à aller moins souvent au supermarché, on
peut aussi s’inspirer des « barter », les marchés de trocs qui ont
essaimés pendant la crise en Argentine, ou des magasins gratuits
hollandais ou allemands.


Les loyers :


En Italie en 73 face à la crise et au démantèlement des
bases de luttes ouvrières, divers mouvements lancent un appel à
reprendre la ville et répandent la grève des loyers. En 1974, 600
familles ouvrières à Turin se mettent à squatter des bâtiments vides.
En 1976 à Milan, 5.000 familles squattent, 20.000 auto-réduisent leur
loyer et 12.000 leur facture d’électricité. 100 bâtiments sont
ouvertement squattés. « _Les retards de paiement des loyers,
habituellement de 1 à 2%, ont grimpé à un niveau “politique” : 20%. »
En France aussi à la même période, de nombreux squats s’ouvrent et de
1975 à 80 les travailleurs immigrés se lancent dans une bataille
nationale avec le gestionnaire de foyers Sonacotra et auto-réduisent
leur loyers.


Près de 40 ans plus tard, la « _bulle immobilière »
s’en met tellement outrageu-sement plein les poches qu’elle fait tomber
la bourse, et les agences, proprios, jusqu’aux sociétés mixtes de
logements sociales prospèrent toujours grâce au racket ancestral de
ceux qui font payer très cher leur richesse aux autres. En France plus
de 3,5 millions de personnes sont considérées comme sans logement ou
très mal-logées. Il y a pourtant 2 millions de logements vacants,
c’est-à-dire inoccupés depuis plus de deux ans, 3 millions de
résidences secondaires, occu-pées moins d’un mois par an, sans compter
les 3,5 millions de m² de bureaux vides rien qu’en Île de France. Alors
que nombreux sont ceux qui se retrouvent seuls face aux banques et aux
expulseurs, à ne plus pouvoir rembourser les crédits ou payer le loyer,
certains tentent de trouver des solutions collectives : des maisons
vides sont occupées, réquisitionnées, par nécessité, parce qu’on a pas
de thune, pas de papiers mais aussi par ce qu’on en a marre de vivre
dans des chambres dortoirs et qu’on veut des maisons où l’on puisse
respirer, créer, s’organiser.


D’autres comme à la cité Viscose à Grenoble, se lient
avec les mal-logés des divers quartiers de la ville, lancent une grève
partielle des loyers pour geler l’augmentation des charges... et
gagnent rapidement face aux bailleurs sociaux qui craignent la
propagation. Si comme l’affirme le vieil adage populaire, « la
propriété c’est le vol ! », il ne nous reste plus qu’à leur rendre la
monnaie de leur pièce.


L’électricité :


Avec quelques précautions et un peu d’imagination, une
corde de guitare, un aimant ou une mèche fine, il y a toujours moyen de
bidouiller son compteur ou de se reconnecter en douce au réseau. Mais
c’est encore pus agréable quand on se sent soutenu par les employés des
services concernés. En 2005, des « _Robins des bois » en camionettes
bleues, sillon-nent plusieurs villes pour remettre le courant des
familles dans la mouise. Durant leur mouvement du printemps 2009, les
grévistes d’EDF ont multiplié les basculements en tarif de nuit, les
remises au jus de foyers coupés, mais aussi les disjonctions ciblées
sur les admini-strations, entreprises, medefs, mairies et préfectures.


La terre et les tomates_ :


En novembre, 300 paysans sans-terre et collectifs se
sont rassemblés dans l’Hérault avec pour but d’arracher l’accès aux
terres, en occupant s’il le faut, pour briser le monopole de
l’industrie agro-alimentaire. En ville où chaque bout de friche est
rentabilisé pour le développement urbain, il reste possible de se
regrouper pour s’organiser avec des maraîchers locaux ou pour mener la
guérilla jardinière à coups de potagers sauvages.


Les licenciements :


Depuis janvier dernier, des milliers d’ouvriers à
travers la France, destinés au rebut, ont sequestré leurs patrons,
brûlé des machines, des barricades, ou enrubanné leur bâtiment de
bouteilles de gaz, pour enrayer le processus ou arracher, au moins, le
plus d’argent possible sur les bénéfices des actionnaires et les
parachutes dorés. Les Contis ont montré la voie en mobilisant sur
plusieurs mois, allant jusqu’au saccage de la préfecture, et finissent
par partir avec 50 000 euros de primes.


La police :


Le rôle de la police est bien de nous faire payer : par
des dommages et intérêts carabinés, des coups de flash balls, des épées
de damocles ou des années de taules... De nous faire payer nos
rébellions et nos débrouilles, nos outrages et nos manifs, jusqu’au
simple fait de se promener dans la rue ou de montrer un brin de
solidarité. C’est de cette nécessité de solidarité face à la justice
que sont nées des « _caisses » à Lyon, Dijon, Paris, Avignon, Rennes et
ailleurs. Pour trouver collectivement des thunes avec des cotises ou
des soirées de soutien, mais aussi pour organiser la défense juridique
et surtout pour tisser les liens forts seuls à même de rendre les
révoltes indivisibles et imprenables.


L’argent :


La distribution pure et simple ne marche pas encore
très bien en France, comme l’a prouvé la tentative de jets de billets
par la start-up Rentabiliweb, ce 14 novembre à Paris. Déçus de
l’annulation de l’opération, les badauds s’en sont remis à des méthodes
plus convenues, avec le pillage de quelques magasins et un ciblage
véhéments des flics et journalistes venus troubler la fête.

Vu sur http://lille.indymedia.org/article18546.html : Version lisible en pdf et phocopiable en livret.
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