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 Loin des centrales...plutot au coeur ( Contis )

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MessageSujet: Loin des centrales...plutot au coeur ( Contis )   Sam 16 Jan - 17:45

Qu’importe la neige ! Les 1 500 personnes venues
mercredi à Amiens soutenir les six ouvriers de Continental - accusés
d’avoir participé aux dégradations commises dans la sous-préfecture de
Compiègne - n’avaient pas si froid, tant la solidarité échauffe le cœur
et enflamme l’âme. Lyrique ? A peine… La manif avait de la gueule, même
si le procès un peu moins. Compte-rendu.

Procès des "six de Continental" : loin des centrales syndicales, au coeur des luttes sociales

vendredi 15 janvier 2010, par JBB




Dans la gare d’Amiens, mercredi matin, roulements de
tambour et cornes de brume. Les Continental débarquent pour le procès
en appel des six d’entre eux, poursuivis pour ce qu’il est convenu
d’appeler "la mise à sac" de la sous-préfecture de Compiègne. Et ils
sont bien décidés à se faire entendre. Derrière sa caisse, la vendeuse
de tabac, vieille bique ayant l’air de se soucier comme d’une guigne
des 1 100 licenciements décidés par la direction de Continental au
début de l’année dernière, peste : « On n’entend qu’eux, ça commence à bien faire… »

Dans les rues : malgré le froid, la chaleur…



Sur le parvis, 1 500 manifestants, pas si bruyants que
ça. S’ils tapent des pieds, c’est d’abord pour se réchauffer : ça
caille, la ville est blanche de neige et quelques flocons tombent
encore. Tout le monde patiente, et seules les têtes d’affiche de la
gauche, venues faire leur pub autant que soutenir les six inculpés,
arpentent le parvis, suivies de nuées plus ou moins importantes de
photographes et caméramans. Au petit palmarès de la notoriété
médiatique, Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon l’emportent de loin sur
Nathalie Arthaud ou sur un Robert Hue esseulé. Mais pas un n’arrive, en
la matière, à la cheville de Xavier Mathieu : le leader des Conti fera
toute la manif avec une véritable grappe d’appareils photo suspendue à
ses basques.




Quelque part, au milieu des caméras et des appareils photos, se cache un Xavier Mathieu. Sauras-tu le retrouver ?

Les médias sont là, certains partis politiques (NPA,
LO, PCF, Parti de Gauche…) aussi, les syndicats beaucoup moins. Si la
CNT et Solidaires ont fait le déplacement, les drapeaux de la CGT font
(pour une fois) pâle figure, à l’exception de ceux de la Fédération
chimie. En-dessous de tout - comme à l’ordinaire - la Confédération
générale du travail s’est contentée de publier un vague communiqué appelant à la relaxe des inculpés. Bernard Thibault n’est pas là [1] - une triste habitude… -, ça lui évite de se faire conspuer. Une grande banderole de la CNT donne le ton du ressentiment : "À bas les directions syndicales qui collaborent avec le capital". Pas mieux.

En fait, c’est la partie la plus respectable de la gauche qui s’est
donnée rendez-vous à Amiens. Les anar, quelques totos et tous ceux qui
pensent que la lutte des classes et le combat social ne se résument pas
aux organigrammes des partis politiques et aux appareils syndicaux. À
tel point que je me suis (presque) senti comme en famille…






Chaud au coeur malgré le froid, donc. La solidarité
n’est pas un vain mot, non plus que la motivation à dire son refus de
la criminalisation du mouvement social et de la justice de classe. J-M,
militant de l’OCL, est venu de Reims, « parce que c’est vraiment important d’être là ». Son pote, adhérent de toujours à la CGT, a même réussi à se faire payer le voyage par son syndicat : « Ils ont d’abord refusé, avant d’accepter "parce que c’était moi". » Toujours ça de pris… On discute, le cortège s’étire tranquillement, bon enfant.






Un petit kilomètre de marche, et déjà l’arrivée devant
le palais de justice d’Amiens, soigneusement gardé par des CRS venus en
nombre. L’heure de quelques discours, avant le début du procès. Je
passerai sur ceux des politiques [2], pour me contenter de te rapporter la prise de parole de Xavier Mathieu. « Si
on s’acharne sur nous, c’est bien par vengeance sociale, et pour
envoyer un message à toute la classe ouvrière. Le procès contre nous,
c’est une façon de menacer tous les travailleurs qui ne voudraient pas
se laisser faire face aux attaques patronales et gouvernementales »
, lit-il, visiblement ému, avant de relever le nez de son papier après avoir bégayé : « Excusez-moi…
Mon problème, c’est que ma tête durcit depuis quarante ans parce qu’on
lui tape dessus, mais mon coeur est toujours aussi tendre… »
Clameurs. Lui reprend : « Votre
présence aujourd’hui, la présence de tous les témoins qui vont se
succéder à la barre pour défendre notre cause, est bien la preuve de
l’importance de ce qui se joue au travers de ce procès et montre bien
que nous ne sommes pas seuls. »
Pas mieux, derechef.





À la barre : un procès politique, même si…



Je ne vais pas te raconter le procès. De un, il s’est
méchamment étiré en longueur, se révélant plutôt chiant. De deux, il
n’a que peu différé de celui s’étant tenu en première instance : la
défense des inculpés n’a pas bougé d’un iota, même si le prononcé des
peines (mise en délibéré au 5 février) devrait être revu à la baisse [3].
Surtout, il faut que je t’avoue une petite déception à propos de la
ligne de défense adoptée par les prévenus : moins combatifs qu’à
l’extérieur, ils faisaient un peu figure de gamins pris en faute, se
refusant à revendiquer leurs actes. Pinaillant sur la casse qui leur
est reprochée - « On ne m’a pas apporté la preuve que l’objet a bien été détruit, argumente ainsi Xavier Mathieu à la barre, contestant le bris d’un écran d’ordinateur. Chez moi, j’ai déjà fait tomber l’écran de l’ordinateur sans le casser » ; « Ce n’était pas volontaire », avance un autre prévenu, accusé d’avoir brisé une fenêtre ; « Je n’ai jeté que des feuilles blanches par la fenêtre, pas des dossiers », se défend une autre - , les inculpés ont surtout tenté de contester les charges.


Il ne s’agit pas de prétendre que les six ouvriers de
Continental devraient se montrer bravache à la barre, quitte à endurer
des peines plus lourdes (ce serait malvenu). Il ne s’agit pas non plus
de donner des leçons à des gens ayant payé très cher leur engagement et
leur combat (ce serait indécent). Mais voilà : les dégradations
commises dans la sous-préfecture ont été filmées, et le juge ne s’est
pas privé de multiplier les arrêts sur image, exploitant avec
gourmandise le reportage que TF1 a diffusé sans flouter les
protagonistes [4]. « La mise à sac de la sous-préfecture s’est faite en présence des moyens de communication », a t-il remarqué, avant de le souligner à nouveau un peu plus tard : « Cet incident s’est fait sous le contrôle de la télévision. » Et l’avocat général d’enchaîner, quand l’un des prévenus conteste avoir cassé quoi que ce soit : « Ça se voit pourtant à l’écran. Pour une fois qu’on a des images aussi nettes… merci TF1 ! » Grimaces gênées sur les bancs de la presse, rires ironiques parmi les soutiens des prévenus.


Adoncques, je reprends : il y avait un évident hiatus
entre les arrêts sur image opérés sur les visages des prévenus
s’énervant dans la sous-préfecture et leurs dénégations maladroites à
la barre. À l’écran, les bureaux sont renversés, l’ordinateur jeté par
terre d’un coup de poing, les dossiers clairement jetés par la fenêtre…
quel intérêt de le nier ? Contre-productive [5],
une telle ligne de défense donne le fâcheux sentiment que force restera
toujours à la loi, que les Continental sont bien coupables d’avoir
résisté au mépris et au désordre social. D’autant plus regrettable que
les témoins de moralité s’étant succédés à la barre - un véritable
who’s who de la gauche, depuis Marie-Georges Buffet à Olivier
Besancenot, en passant par Cécile Duflot, Jean-Luc Mélenchon et
Christian Mahieux… - ont eux insisté sur la légitimité de la colère des
salariés et l’indécence à poursuivre ceux qui sont d’abord des
victimes. Bref : une occasion ratée… Et une évidente victoire pour ceux
qui ambitionnent de maintenir la "paix sociale".
Un point que soulignait déjà François Ruffin, en un excellent article [6] publié après le procès en première instance :



Le président les questionne avec
douceur, en gentil proviseur. Face à lui, des collégiens maintenant,
honteux, qui s’excusent, qui y vont de leur « j’ai rien fait », « c’est
pas moi », « j’ai pas voulu ».
C’est l’essentiel.

Que ces hommes qui, un soir au moins, ont incarné la révolte,
jacquerie d’ouvriers, leur colère contre l’injustice économique, que
eux rentrent la tête dans les épaules. Qu’ils parlent à mi-voix,
accablés. Qu’ils ne servent pas de modèle, surtout, à ces Français dont
l’avenir est balayé par la crise.

Bref, qu’ils se soumettent pour l’exemple.

De l’AFP à Europe 1, ces « dérapages » et ces « regrets » recevront leur publicité…


Au final, les six de Continental écoperont sans doute
de peines plus légères qu’en première instance. Cette simili-clémence,
le procureur se payant le luxe de demander à la cour de « ne pas faire d’exemple » et de « ne pas pénaliser à travers eux un mouvement social qui a entraîné une forte solidarité »,
ne doit pas faire oublier qu’ils n’auraient jamais dû se retrouver
accusés si le mot de "justice" avait un sens : ce sont les actionnaires
et dirigeants de Continental qu’il fallait juger - et avec la plus
grande des sévérités, cette fois. Le pal, je ne vois que ça…






Notes


[1] Comme les autres dirigeants des centrales syndicales, à la notable exception de Christian Mahieux, de Solidaires.


[2] Faut pas déconner non plus…


[3]
Les six inculpés avaient en première instance écopé de peines
d’emprisonnement avec sursis, de trois à cinq mois ; ils ne devraient
cette fois avoir droit "qu’à" des peines de travaux d’intérêt général,
le procureur ayant précisé dans son réquisitoire qu’il ne s’y
opposerait pas.


[4] Ce que n’ont pas fait les autres chaînes, à l’exemple de France3.


[5]
Je peux évidemment me tromper, mais je suis convaincu que les prévenus
n’auraient pas écopé de peines plus lourdes s’ils avaient revendiqué
leurs actes.


[6] Non, je ne dis pas ça parce que je participe à Fakir…


Vu sur Article 11 , camarade!









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