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 "Mandat Azur" ou l'art de la contre-subversion

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Revoltaire
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Date d'inscription : 13/11/2007

MessageSujet: "Mandat Azur" ou l'art de la contre-subversion   Mer 2 Sep - 16:37


Curieusement,
le Livre Blanc «Défense et sécurité nationale» publié en France en juin
2008 ne fait pas mention du «combat urbain», devenu pour les armées,
dans l’Hexagone comme ailleurs, un impératif en termes de tactiques,
d’entraînement, d’équipement, de formatage des unités…


C’est le «mandat Azur» : «Action en zone urbaine». Depuis 2004, il
impose aux grandes brigades de combat de l’armée de terre française de
«renforcer leur capacité à s’engager dans une zone urbaine, quelle que
soit l’intensité du combat, tout en conduisant des opérations
humanitaires au profit des populations, et face à un adversaire dont
l’armement et les modes d’action évoluent».

Cette prise de conscience — les trois
quarts des conflits se déroulent aujourd’hui en zone urbaine — s’appuie
d’abord sur les données démographiques : la population des villes a été
multipliée par cinq, depuis le début du siècle dernier. En 2025, les
deux tiers des occupants de la planète devraient être des urbains ; et
certains parient sur 85% pour 2050… Traditionnellement, les villes
concentrent l’essentiel des pouvoirs (politique, économique, social,
culturel) ; elles sont un carrefour de communications (transports,
télécommunications) et un espace médiatisé, qui agit comme une caisse
de résonance…

Sur la lancée des guerres
mondiales du XXe siècle, et du conflit «Est-Ouest», les armées avaient
été profilées pour des batailles en plaines, en terrain dégagé — de
vastes étendues essentiellement rurales, avec des «fronts» se déplaçant
au gré des reculs ou avancées des unités d’infanterie, appuyées par les
blindés, l’artillerie, la chasse aérienne. «Pendant les quarante cinq
ans qui suivirent la reddition de l’Allemagne, souligne le général Yves
Jacops, commandant de l’École d’application de l’infanterie, des
générations de soldats préparèrent la guerre totale, Pacte contre
Alliance. La guerre en ville était pratiquement inexistante, et dans
les règlements d’infanterie, il était pudiquement question de “combat
en localité”.» [Fantassins,
magazine d’information de l’infanterie, no 20, juin 2007].

Lorsque la guerre devenait urbaine — comme à Berlin en 1944, plus
récemment Grozny — le choc des armées laissait un terrain et une
société ravagées : «On ne va pas refaire la bataille de Stalingrad !»,
affirme le général Urban — un des «pères», à l’état-major français, de
cette réforme «Azur» : «Raser, comme en 1944, n’est plus acceptable».
«On n’a pas intérêt à casser ce qu’on va devoir reconstruire le
lendemain matin», explique un autre officier. Dans la nouvelle approche
du champ de bataille, la présence des populations est une donnée
centrale : elles sont le plus souvent victimes, mais parfois actrices
des conflits — tour à tour, séparément, ou simultanément.

Or, à la différence des grandes batailles de frontières ou de régions,
l’espace urbain est de l’ordre du labyrinthe, et à plusieurs dimensions
: sous-sols (caves, égouts, parkings, métros, voies souterraines) ; les
rues, places, impasses ; et les bâtiments à étages, dans des
configurations de tous types (centres historiques, artères
commerçantes, secteurs pavillonnaires, cités, grandes surfaces
commerciales). Cet enchevêtrement offre au belligérant, surtout s’il a
l’appui d’une fraction notable de la population, une «opacité
protectrice» qui permet à un adversaire réputé plus faible de retrouver
un avantage tactique.

Le sujet
passionne les états-majors, qui multiplient les arguments en faveur de
cette nouvelle forme de combat — avec, en perspective, les
«contre-modèles» des interventions américaines à Bagdad, ou Falloujah,
et des Britanniques à Bassorah, en Irak ; des Russes à Grozny dans les
années 90 ; des Européens à Pristina et Mitrovica, au Kosovo, y compris
ces derniers mois ; des Israéliens face au terrorisme ou aux Intifada ;
des Français lors de la séquence dite de «l’hôtel Ivoire», en novembre
2004, à Abidjan, en Côte d’Ivoire…

Pour le symbole, on retiendra qu’un premier groupe interarmes de
l’armée de terre française avait commencé à être entraîné au combat
urbain… un certain 11 septembre 2001 ! L’armée française dispose d’une
vingtaine de sites en région pour des manœuvres, tirs ou simulations :
plus de quatre cent unités, de la taille d’une compagnie au maximum,
s’y sont familiarisées ces dernières années avec le combat de type
urbain. Mais l’état-major met beaucoup d’espoir à l’échelle nationale
dans le développement de son Centre d’entraînement en zone urbaine
(Zensub), ouvert en 2006 à Sissone : l’extension en cours — l’échelle
d’une ville moyenne fictive — permettra un entraînement à l’échelle
d’un régiment, dans des conditions quasi réelles, à partir de 2012.




Leur presse (Philippe Leymarie, Défense no 135),
septembre-octobre 2008.

vu sur le Jura Libertaire

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