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L’anticapitalisme : contre-courant ou contre-pouvoir ?
Ven 21 Mar - 13:21 par Pierro
Je poste un article-débat. Donnez votre avis!!!


La mise en perspective de fédérer les identités se réclamant
de l’anticapitalisme au sein d’un nouveau parti est-elle une réponse cohérente
aux dérives de la gauche institutionnelle?




Pour des raisons idéologiques assez évidentes,
l’anticapitalisme apparaît aujourd’hui comme une démarche à contre-courant du
modèle de société imposé par la mondialisation libérale. De façon assez implicite, le discours dominant de la classe
politique, largement relayé par les médias véhicule un idéal de consensus
démocratique, une matrice obligatoire de stabilisation du pouvoir politique. De
fait, assez paradoxalement, les citoyens voient dans l’effacement des clivages
politiques traditionnels (UMP, PS en France ou CDU /SPD en Allemagne) une
atténuation des tensions sociales, voire une réduction des inégalités. En
outre, les politiques menées à échelle nationale par les Etats se trouvent
limitées par les contraintes liées à la globalisation/mondialisation ,
notamment en matière de politique économique et de politique sociale. Désaffection idéologique aidant, les
citoyens attendent des partis une attitude pragmatique vis-à-vis des
contraintes exogènes aux politiques nationales, ce qui a tendance à accentuer
la remise en cause d’une emprise idéologique prégnante sur l’appareil de parti,
et à exiger une réactivité des politiques aux contraintes.

L’alternative crédible se
recentre progressivement, ce qui explique que des partis socio-démocrates comme
le Labour au Royaume-Uni ou le SPD en Allemagne, qui se trouvent
fondamentalement les partis du système les plus en phase avec ces contraintes.
Le fait que les partis ne soient plus en opposition frontale
sous-tendrait qu’il existe un consensus social qui atténue les antagonismes qui
animaient le débat politique traditionnel. Cette réthorique constante qui
s’auto-légitime renvoie au vestiaire pelle-melle les luttes des classes
marxistes au profit du consensus démocratique, les idées autogestionnaire au
profit de la gouvernance ou encore l’écologie au profit de la croissance. La
liste n’est pas exhaustive et il est difficile dès lors de prétendre à la
logique de lutte contre un système capitaliste qui génère une régulation
interne, et participe à stigmatiser les résistances et les oppositions hors du
champ politique institutionnel.

Le plus frappant étant que la
majorité des individus, y compris les militant des partis de gauche ou les
militants syndicaux, se trouvent dépolitisés et dépossédés de sens politique
par leur propre camp. Le sentiment d’impuissance et d’inutilité de l’action
collective se trouve lui aussi accentué par la critique social-démocrate de la
résistance aux politiques libérales. Le PS ou encore la CFDT stigmatisent le
syndicalisme de lutte et lui refuse une forme de représentativité, donc de
légitimité démocratique. Toute
réfraction au modèle de cogestion devient une entrave à la négociation
syndicale, toute opposition à la réforme une réaction pathologique et
réactionnaire vis-à-vis du processus démocratique. Quand à la croissance, elle
est devenue croyance, et le marché sa réalité tangible, irrémédiable. La
logique néolibérale de « gestion » du capitalisme imprègne la société
par la direction Parti Socialiste. Là où la droite joue sur le conservatisme,
la gauche institutionnelle lui répond « bêtement » par le
pragmatisme, l’acceptation de la responsabilité comme contrainte, et plus comme
pouvoir.

C’est à ce titre qu’il apparaît
aujourd’hui difficile de remettre en cause le capitalisme en tant que tel, et
de revendiquer un projet anticapitaliste. C’est pourquoi le projet
anticapitaliste est par essence, à contre courant, il dérange autant qu’il
excite médiatiquement. Les deux forces actuelles de la LCR, qui fondent sa
popularité sont son porte parole, Olivier Besancenot, et le militantisme de
terrain, respectivement très efficace lors des élections et des mouvements
sociaux. Pendant les élections, elle devient le tribun de la gauche radicale,
et au cours des mouvements sociaux, une structure d’organisation.
Ponctuellement, elle agit comme un contre-pouvoir. Le projet de la ligue,
malgré la tentative d’assumer ses contradictions demeure trop flou pour que la
LCR constitue un contre-pouvoir permanent, ce qui facilite le travail de
stigmatisation. La LCR n’ayant en plus, pas vocation à se faire élire, il est
d’autant plus aisé pour le partis institutionnels de souligner une idéologie à
contre-courant pour mépriser le contre-pouvoir. Reste aussi en suspend la
question du PC, partagé entre la nécessité de l’alliance avec le PS, le combat
identitaire des communistes et le questionnement sur sa gauche. En attendant,
la place est vacante.





Le projet de fonder un nouveau
parti anticapitaliste n’est viable que si celui-ci acquière un projet différent
de la LCR, pour être en capacité de fonctionner en tant que contre-pouvoir.


La LCR doit dès maintenant se positionner sur plusieurs
questions essentielles pour réussir.


En premier lieu, reconnaître que les individus qui votaient
pour la LCR n’ont pas tous des aspirations révolutionnaires, et que rendre des
comptes à son électorat ne se résume à appeler à battre la droite. Assumer la
part d’utopie du projet révolutionnaire, mais mettre en avant l’exemplarité de
la pratique révolutionnaire par des mesures concrètes lors des mouvements
sociaux, pour souligner le décalage entre base et direction dans les autres
mouvements. Intégrer l’autogestion dans le fonctionnement du nouveau parti, et
rompre avec les hiérarchies héritées de la ligue, mais aussi faire la promotion
de l’autogestion comme mode d’organisation et seule base d’alliance possible
avec les courants réformistes de la gauche institutionnelle (dans les partis
comme dans les syndicats). Mettre en avant des nouvelles têtes et continuer la
dynamique apportée par Olivier Besancenot, pour que les militants se
représentent eux-mêmes et éviter la dérive médiatique du « parti de
Besancenot ». Affirmer les liens entre anticapitalisme et syndicalisme de
lutte tout en respectant son indépendance, en luttant pour une véritable
reconnaissance de Sud et de la CNT, en donnant une visibilité au tissu militant
pour construire un projet politique global de convergence des luttes.





Voilà à
quoi pourrait servir un véritable parti anticapitalisme : défier
constamment et sur tous les terrains de la vie politique et sociale la gestion
néolibérale pour montrer qu’il est encore possible de se rebeller et que cela
en vaut la peine. Mettre la pression sur une gauche institutionnelle qui fait
avec les moyens du bord face à l’urgence sociale pour qu’elle se donne à terme
les moyens de sa politique et qu’elle assume et respecte son origine
révolutionnaire.


Construire un projet anticapitaliste, c’est définitivement
lutter pour révolutionner les institutions et permettre une expression
populaire indépendante et pas entrer dans le système en se revendiquant
majoritaire. En revendiquant un contre-pouvoir par la stricte nécessité de
l’intérêt général et de l’équilibre démocratique.


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